Destrier noir

Je l’entends…
Je l’entends à nouveau qui approche…
J’entends les tambours qui résonnent
Dans mes os, font vibrer ma carcasse.
Je perçois au loin les trompettes,
Fortes et puissantes, elles déclament :
Il revient,
Je sais qu’il revient,
Qu’il est là,
Pour moi.
Je sens déjà son haleine chaude,
Sur ma peau en décomposition,
Son odeur putride, irrespirable,
Et son rire dépouillé de vie.
Mon squelette a la mémoire de ses mains
De sa poigne inflexible qui agrippe
Et enfonce inexorablement dans le sol
Vers l’enfouissement, jusqu’à la suffocation.
Je me souviens aussi de ses dents acérés,
Qui pénètrent les membranes
Et font jaillir ce qui l’abreuve,
Etanche avec délectation sa soif.

Même en couvrant mes orbites,
Je reconnais son aura,
Sa lueur, là, à l’horizon qui s’élève ;
Je le vois sur son destrier noir,
Ses couleurs flottantes au vent.
Il porte armure et bouclier,
L’épée tirée, prête à frapper,
Ecraser la moëlle,
Déchirer les chairs.

Il est là.
Oui,
Au loin,
Face à moi.
Le regard d’un ogre affamé,
Je lis son dessein :
Sur moi, il m’arrache, de ses griffes, des morceaux de lumière,
Et dévore l’astre encore vivant, brûlant, rayonnant.

Il voudra tout,
Tout aspirer,
Me faire disparaître,
M’ensevelir de sa faim.

Et il n’y aura que moi,
A la lutte.

Que moi pour décider,
Cette fois encore,
De me laisser annihiler
Ou de conserver une bouture,
Une frêle flammèche,
Un espoir à soigner, à restaurer,
A aviver pour faire renaître
Un peu de lumière.
Survivre,
Mais pas assez,
Pour arrêter de trembler,

Et alors, encore,
Il viendra.
Il sera attiré par mes convulsions,
Le frissonnement de mon être
Au peu de chaleur qui lui reste.

Il saisira, comme cette fois,
Ce qui reste de mon corps décharné,
Pour s’en délecter.

Oyé gente dame,
Oyé damoiseau,
Les cors d’alarme sonnent,
Le cavalier noir est arrivé.

Laisser un commentaire