Ami, te souviens-tu du temps où nous nous touchions ?
Lorsque tu posais ta main sur mon bras pour que j’accompagne tes blagues les plus foireuses ?
Lorsque nous nous disions bonjour par bise festive et claquante ?
Lorsque je t’encourageais d’une tape sur l’épaule, ou que tu me réconfortais d’une caresse dans le dos ?
Te souviens-tu surtout des câlins, de ces bras réconfortants que nous nous offrions pour surmonter les pires événements ?
Les mots, en ces moments, ne servaient à rien, rien que du vent, du brassage d’air alors qu’un câlin… Nous y sentions l’amour, le soutien, la peine partagée, l’empathie. Dans un câlin, nous pouvions y déverser nos peines, nos peurs, nous pouvions nous laisser aller, tomber… rien n’était grave, nous nous sentions rattrapés.
Cela fait des jours, des semaines, des mois où ne nous ne sommes pas touchés. Dans cette absence, dans cette lutte au quotidien, il y a eu un drame : nous nous sommes habitués, nous avons oublié.
Comme si cela n’avait jamais existé, que le penser ou le pratiquer était une abomination. Nous nous surprenons à juger le comportement des personnages de séries ou de films, à critiquer leur laisser-aller, leur décadence, eux qui se vautrent dans une orgie de palpation.
Avec résilience, nous avons accepté de perdre un sens, une liberté fondamentale, celle de pouvoir nous approcher, nous frapper, nous caresser, nous toucher.
Alors oui mon ami, nous le savons tous les deux, nous avons accepté cette privation, comme on accepte le rationnement en temps de disette, pour la survie du plus grand nombre.
Mais cela ne peut m’empêcher de me sentir nostalgique, de me souvenir de tous ces moments de contact, de non-distanciation physique où il suffisait d’une paume dans une autre paume pour réveiller un astre en perte d’énergie.
Ami, sache que malgré tout ça, malgré les explosions d’étoiles, les séismes gargantuesques, les épidémies… je n’oublie rien. Sache que J’ai gardé pour toi un grand nombre de câlins et, quand il sera temps, il n’en suffira que d’un.
Il sera tout d’abord timide, peureux, presque distant, puis il fondra, il tremblera et enfin il sera là, à l’instant présent, comme s’il n’était jamais parti et que nous n’avions jamais cessé de nous toucher.
Un moment partagé, sans passé, ni de futur, juste toi et moi, un câlin et la vie.