L’esprit vague

Assise au salon, on l’a posé là, entre le canapé vide et l’écran noir de la télévision.
Elle est enfoncée dans son fauteuil, les yeux froncés, toute seule.
A quelques mètres, on rit dans la cuisine, on parle fort, on s’active, le repas est proche, on le prépare.
Quelqu’un arrive, il s’assoit près d’elle, lui dit des généralités.
Il lui demande s’il faisait beau ce matin à la maison.
Elle ouvre la bouche, dit un « oui », poussif. Puis elle répond, elle aussi, par une généralité, mais ses mots sont hachés, comme des pas lourds qui ont dû mal à se lancer. C’est court, direct, pas de pensées à formuler.
Il repose une question, elle répond de la même façon.
Elle est contente qu’il soit là, contente d’interagir avec lui.
Mais parler demande trop d’efforts…
Elle se laisse glisser

Partir loin

L’esprit vague
S’enfoncer dans le coton
Il n’y a plus rien
Au bout de l’horizon

Elle veut rester,
S’accrocher.
Mais le courant est trop fort,
Il va l’emporter
Loin, très loin,
Où les yeux sont vagues
L’esprit divague

Le corps est une prison,
Il n’offre plus de réactions.
Tomber lui fait mal,
Mais ce n’est plus une sensation.
La douleur est une alarme
Qui sonne à deux pâtés de maisons.

Elle veut rester,
Se faire toute petite,
Pour ne pas embêter,
Quitte à tomber,
S’ouvrir le crâne,
Se faire engueuler ;
Quitte à uriner
Dans son pantalon
Au milieu du salon,
Quitte à rester là,
Sans un mot,
Pour ne pas être un poids,
Qu’on ne l’abandonne pas.

Mais elle est consciente, de sa situation.
Elle sait, qu’elle vit déjà ailleurs, qu’elle ne se rend plus compte des frontières,
Qu’elle épuise son aidant, son amant,
Et que même s’il peut la traiter comme une enfant,
Il ne la laissera jamais tomber.
Il aimerait la garder, encore un peu, ne pas la mettre en foyer, ne pas l’abandonner.
Encore un peu,
Quitte à perdre la santé,
Pour prolonger, pour ne pas changer,
Avec l’espoir, qu’ils pourront y arriver,
Encore un peu,
A deux.

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