J’crève

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J’crève,
Putain d’enculé d’ta mère,
J’crève.

Je me suis battue,
J’ai souffert plus que quiconque
Et j’crève,
Putain, j’crève.

J’ai survécu à une tumeur dans le crâne,
J’ai battu un cancer du sein.
J’ai perdu mes cheveux,
Je porte maintenant une perruque.
On m’a reconstruit le sein
Avec la peau de mon dos.

Toujours battante,
Toujours victorieuse.
Quoiqu’il m’en coûte,
Je m’accroche à la vie.

J’ai vu mon père mourir du cancer,
Puis mon frère, mourir du cancer.
Il est mort avec la hargne,
Il m’en voulait :
« Putain, je crève et elle,
Il n’y en a toujours eu que pour elle,
Elle s’est battue, elle a tout eu,
Elle a survécu.
Et moi je crève,
Comme ça,
En quatre mois,
C’est dégueulasse… »
Mais t’inquiète pas frérot,
On va se revoir,
Moi aussi j’crève.

La tumeur est revenue,
Elle me paralyse.
Doucement, mais sûrement,
Mon bras droit se fait lourd,
Ma main ne serre plus,
Je bave mes mots,
Je penche d’un côté.
Putain, j’peux plus marcher.

Et puis ça serre dans la tête,
Je souffre, putain,
Faîtes quelque chose !

La chimio : c’est mort,
La radiothérapie : c’est mort,
Il n’y avait plus que l’opération,
Une chance sur deux d’y rester.
Un seul chirurgien a accepté,
Il m’a fait signer un papier.
Et j’ai survécu !
Encore une fois !
Je lâcherais pas,
Jamais.
Une chance sur deux d’y rester,
J’ai survécu !

Et la tumeur aussi.

Maintenant, on me dit que c’est foutu,
Plus rien à faire,
Plus qu’à accepter,
De crever.

Mais moi je veux pas,
Putain, je veux pas !
Donnez moi une arme pour me battre,
N’importe quoi !
J’peux encore gagner !
J’veux pas crever.

Pas crever
Pas après tout ça !
Toutes ces souffrances !
Tous ces sacrifices !
Tout ça pour rien !

Pour rien !

Pour rien, non…
Il y a quand même les enfants,
Mes deux gars
Et mon petit fils.
J’vous aime bordel,
J’vous aime,
J’veux pas crever,
Mais j’vous aime,

Je vous aime

Écris avec ce morceau, en boucle, en boucle, en boucle… ^^

Je voulais y croire moi aussi,
Et puis t’es partie.

Ça a été dur de te voir à l’hôpital.
Tu te tortillais dans tous les sens,
Tu tirais sur ta chemise,
Tu n’avais plus conscience de ta nudité,
T’avais juste chaud,
T’avais mal,
T’étais pas bien.
J’savais pas quoi te dire,
Je pesais mes mots,
Comme si, par mégarde,
Je pouvais encore plus te blesser.
Je pensais pouvoir venir te voir tout seul,
Mais heureusement que maman était là,
Mamie, tata et Béa,
Sans elles, je n’aurais pas pu tenir.

Au bout d’un moment,
Tu m’as vu, assis à côté de toi,
Avec un sourire complice, tu m’as dit :
« Je te connais toi »

Pas eu besoin de te répondre,
Nous nous sommes compris.
Dans nos sourires,
Il y avait eu la bouteille d’or,
Où tout petit, on était resté au chaud avec toi,
Parce que dehors il faisait froid.
Il y avait eu le restaurant,
Où quand on venait,
Tu nous servais à chaque fois,
Au p’tit frère et moi,
De la grenadine,
Dans un pichet en terre cuite.
J’ai toujours de la grenadine chez moi 🙂
Il y avait aussi la musique dans la salle,
Latinos, cubaine, salsa.
Je ne connaissais pas avant,
Et puis depuis, j’adore ça !
Maintenant, à chaque fois que j’en entends,
J’ai toujours les fesses qui se trémoussent,
Je peux pas m’empêcher de danser.
Ah ah ah ! 😀
On mangeait aussi du poulet boucané,
C’était trop bon ! 😀
J’en ai plus mangé depuis ce temps là.
Je me souviens que je t’avais appris à jouer aux échecs
Et qu’on avait ensuite mangé des bottereaux faits maison.
Pour me remercier de t’aider avec l’informatique,
Tu m’avais acheté un T-Shirt noir,
Que je porte toujours !
Tu l’avais bien choisi 🙂
T’étais pas facile, t’avais ton caractère,
Mais t’as toujours été gentille avec moi,
Toujours.
On s’entendait bien tous les deux. ^^

Il y avait tout cela,
Et plus encore,
Dans ce sourire et ces quelques mots :
« Je te connais toi ».

Et maintenant,
Ça fait un peu plus d’un an, que tu es décédée.
C’est la première fois que j’arrive à t’écrire,
A tout laisser partir. 🙂
J’espère que tu me pardonneras pour le poème,
Je l’ai romancé,
Je t’ai donné un ton que tu n’avais pas,
Je t’ai fait jurer 😉

Je t’admirais pour ta combativité,
Et même s’il y avait beaucoup de colère en toi,
Il y avait aussi énormément de courage.
Et cette volonté dont tu pouvais faire preuve,
M’aide et me pousse à avancer,
A affronter mes peurs,
A faire preuve, moi aussi, de courage 🙂

Je ne crois pas en l’âme, ni à la vie après la mort,
Mais je crois en l’humanité.
Et je crois que tu y as laissé ton empreinte,
Que tu continues de vivre avec nous,
En nous,
Et cela jusqu’au dernier souffle
Du genre humain.

Je t’aime Martine,

Bisous ! 😀

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