Je vous partage ici un email que j’avais envoyé aux membres de l’association Court&49, dont je fais partie.
Salut tout le monde,
J’aimerais vous partager une vidéo que je viens de découvrir sur YouTube :
Elle a été réalisée par François Calvier qui est le monteur et cadreur de la chaîne « Mamytwink » (chaîne d’exploration de lieux historiques en tous genres, pour résumer vite fait ^^).
François (oui je l’appelle François ^^) poste sur sa chaîne privée des vidéos où il fait de la « survie » : se construire un abris et y dormir la nuit, etc… C’est un monteur YouTube doué et qui sait y faire. La plupart de ses vidéos sont faits pour marcher et il y a des musiques épiques, un montage rapide, pas de temps pour se reposer, ou de temps mort où l’on aurait envie de quitter la vidéo.
Et là, je découvre ce soir sa nouvelle vidéo : aucune musique et il ne parle pas. Pendant 15 minutes, il va simplement construire un abris, tout seul. Il triche un peu, parce qu’il pose sa caméra, puis revient en arrière pour marcher, ou il la pose devant lui et ferme les yeux pour faire croire qu’il dort, mais en tout cas c’est très fort parce que c’est prenant. Même si nous ne ressentons pas l’intensité des vidéos haletantes, on le regarde fabriquer son abris jusqu’à la fin ; alors qu’il n’y a ni musique, ni paroles.
Je me suis alors demandé : comment a-t-il fait ? Déjà ses plans sont beaux et le son est bon ; on est pris dans l’atmosphère. Ensuite son montage est bon au niveau du rythme : pas trop de contemplation, ni de coupe. Et surtout : il agit, il fabrique et il a un but. On se passionne pour ce qu’il fait : comme on peut regarder deux heures une vidéo d’un mec qui fabrique un bateau, ou comme l’avait partagé Cyril, une femme qui fabrique des meubles en bambou. On sait ce qu’il fait et on l’accompagne dans son travail (« je pourrais te regarder travailler pendant des heures »).
Avec l’avènement des vidéos sur internet, la mode et même la règle est de faire pratiquement des clips : musique quasi tout le temps et coupe sans cesse pour créer une sorte de rythme. Et les courts métrages, comme les films, suivent cette mode, mais ma pensée du soir, que je vous partage (vous pouvez ne pas être d’accord avec moi ^^) est de me dire : en fait pour rendre un film prenant et qu’il soit intéressant, il faut jouer sur l’empathie du spectateur, lui donner de quoi s’attacher, qu’il procède à une suspension consentie de l’incrédulité ; lui offrir une expérience, une histoire à vivre : avec un but (je souhaite construire un abris), de l’action (je construis mon abris) et une résolution/plaisir (j’ai construit mon abris et j’en suis satisfait). Pas besoin d’en rajouter encore et toujours plus…
Tout ce que je vous dits, Gildas et David me l’ont déjà dit X fois ^^ et ils sauront nommer tout cela mieux que moi. Mais si je vous partage cette idée, c’est parce que je pense qu’en tant que réalisateur/scénariste/monteur, on doit être honnête, faire les films comme on les ressent et pas comme on pense que les spectateurs pourraient les aimer ; ce qui ne veut pas dire d’oublier le spectateur ou de n’écouter aucune critique mais plutôt de se dire : je suis mon chemin plutôt que celui vers lequel j’ai l’impression que les autres se dirigent ; « même si tout le monde fait des vidéos avec pleins de musiques et rythmés saccadés, j’ai envie de faire une vidéo tranquille, sans musique, sans parole. ».
Faire des films comme je les aime, pas comme je pense qu’on les aime. (#punchline)
C’est ma pensée du soir, bonsoir ! 😊
A la prochaine,
Benoît