Atelier d’écriture du 18 mars 2017 – Décrivez une situation où les gens sont ridicules, qui suscite l’ironie
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Ce soir pour André, c’est la soirée de l’année. Dix mois qu’il se prépare à cet événement. Il veut son augmentation, et ce dîner saura clôturer en majesté tous les efforts qu’il a fourni jusqu’à cet instant. Repas commandé chez le traiteur, le meilleur, dit-on, de la région. Costume, acheté dans la plus cher des boutiques de la ville et coiffure modelé auprès du grand maître français de la raie sur le côté. André a absolument tout prévu. Il lui reste maintenant trois heures pour nettoyer sa maison et rendre éclatante la perfection de son foyer.
Après avoir exécuté sa besogne en 2h46, il laisse de côté balai et sceau, au cas où une tache viendrait salir son carrelage couleur brique. Et justement, les traces d’une éclaboussure apparaissent, là, inexpliquées, devant la porte d’entrée. Certainement le livreur du cuisinier… Cet homme avait les bras mous et a dû faire goutter un des plats en sauce qu’il avait apporté.
André, malgré son costume, se saisit du balai, et de son courage, pour nettoyer cette trace d’imperfection ; qui est pour lui tout à fait intolérable. Mais voilà que par mégarde, il renverse le seau contenant de la javel sur le bas de son pantalon et chaussures crocodiles. Après moultes jurons, il se débarrasse du bas de son costume, laissant ses jambes à l’air. Il plie son habit et le pose sur une chaise. A cause du poids appliqué sur le dossier, celle-ci chute en arrière et frappe le tableau d’un grand artiste dont il a oublié le nom mais qui avait valu très cher à l’achat. L’oeuvre se fracasse sur le sol. Il rage et exprime sa colère par de nombreux gros mots, dont la décence m’empêche d’en faire le rapport ici, même si un “merde” ou un “putain” ne choque plus grand monde de nos jours… Mais bon il est vrai qu’un “nom de dieu” peut blesser les croyants et un “je nique le système, bitch” est tout à fait hors de notre propos. Voilà pourquoi, je m’abstiens de faire état des exclamations que cet homme peut prononcer.
Il se penche alors pour ramasser les débris, grand craquement : sa chemise se déchire. Un large trou se dessine désormais dans son dos. Comme Hulk en transformation, il arrache ce qui reste en poussant des hurlements. C’est à ce moment, que son patron passe, accompagné de sa femme, devant la fenêtre où il se tient. L’homme habillé dans un costume élégant s’arrête et toise son employé habillé désormais d’un simple sous-vêtement ; slip Superman pour être précis.
– Allons bon André ! C’est ainsi que vous nous recevez ?! En plus de faire preuve de mauvais goût – vous auriez pu porter un caleçon Armani – je vois que vous ne savez pas tenir une maison, regardez-moi ce bazar ! Je comprends mieux désormais ce qui vous pousse à demander de l’argent : vous manquez de quoi vous habiller. Mais sachez cher monsieur que je ne succomberais pas à la pitié que je ressens pour vous à cet instant, et vous donnerais plutôt une bien meilleur leçon en vous refusant votre augmentation, pour que vous appreniez à mieux gérer votre budget. Sur ces mots, je vous souhaite une bonne soirée et vous dis à lundi.
Atelier d’écriture : https://le3mots.wordpress.com/