C’était un bel après-midi de printemps, nous ne portions que des habits légers. Elle me distançait de quelques pas. Elle avançait détachée du monde, gracile comme toujours. A l’embouchure d’une rue, une brise chaude remonta dans notre direction. Quelques mèches de ses cheveux s’envolèrent, elle ne fit aucun mouvement pour les replacer. Le regard en l’air puis les yeux clos, elle tourna son visage vers moi. Un sourire s’était tracé. Il avait arrêté le temps. Il n’y avait plus qu’elle et le vent. Elle ouvrit ses paupières et nos regards se croisèrent. Pendant un instant, nous restâmes l’un dans l’autre. Puis, les larmes me vinrent. Elle posa une main sur ma joue droite, et laissa son pouce courir sur ma pommette. Une gouttelette salée s’échappait, elle la rattrapa. Elle baissa la tête, se retourna. La brise était passée ; nous devions à nouveau avancer.
Et nous marchâmes encore un peu ensemble ; lorsque ses jambes devinrent hésitantes, nous nous partageâmes les miennes. Quand il ne fut plus possible de faire un pas, nous restâmes l’un à côté de l’autre, nos mains enlacés, jusqu’à ce que la maladie l’ait rattrapé.
Ecrit le 06/11/2016