Scène 3
« Est-il arrivé ? »
Ne cesse-t-elle de répéter.
Il lui est pénible de marcher
Alors qu’elle souhaite voler,
De paraître alors qu’elle veut sublimer.
Elle ne peut rien oublier
De son doux prince, son cavalier
Aux pas de danse fantasmés.
Une carriole s’arrête dans la cour,
Son cœur ne fait qu’un tour,
Elle se rue dans les escaliers,
Crie son arrivé.
Près de la porte, elle se ressaisit
Sans pouvoir effacer un sourire plein de vie.
Une grande respiration
Et sans hésitation
Elle décide de sortir.
Voyez-vous cette fleur
Que l’on n’ose cueillir
De peur de l’empêcher de luire ?
Elle est aussi belle que dans son souvenir,
Que dans ses portraits
Que dans ses désirs.
Il rougit à la vue de ses traits.
Il veut courir mais se retient.
S’approche et lui baise la main.
Voyez-vous cet astre
Qui brille chaque soir
Dans l’âtre de mon désespoir ?
Votre absence me consume,
Me vaporise dans la brume.
Leurs regards de nouveau se croisent
Il est devenu sa périphrase
De l’amour fulgurant,
De l’explosion de sentiments.
Elle se saisit de son bras
L’attire vers un sofa
Et face à lui, s’assoit.
Le cœur au bord des larmes.
II dépose les armes.
Vous êtes la source d’un bonheur immense
D’une joie d’une telle puissance
Qu’elle vainc mes autres sentiments.
Votre sourire est un émerveillement
Un chef d’œuvre de l’humanité.
Votre rire une gourmandise
Dont je me repais avec gaieté.
Je ne pourrais vivre sans vous à mes côtés,
Cette seule pensée me condamne pour l’éternité.
Elle ne peut contenir sa joie,
Se lève sans procédure et prend son bras.
« Dansons voulez-vous ! »
Son sourire vire au dégout,
Il crispe sa mâchoire.
Ses yeux se remplissent de désespoir.
« Je ne peux m’aventurer dans cet art abject.
Ce mouvement qui vous infecte
Qui vous abat comme il vous cloue
Avant de vous rendre fou »
« Mais… Mais… » proteste-t-elle
« Ma sœur mourut dans ce paradis artificiel.
Ma mère avait pour elle, un dessein de danseuse
Mais elle ne lui tissa qu’une mort affreuse.
Gangréner dans son âme,
Elle perdit sa vie de femme.
On la disait grandiose
Une véritable métamorphose !
Mais pour devenir une chose
Une simple rose
Que l’on vient cueillir
Pour se faire frémir.
Tel est le destin des cygnes
C’était ça ou être digne !
Elle ne put faire un choix
Et dans un dernier saut, se tua…
Jamais, vous m’entendez !
Jamais, vous ne danserez ! »