L’accordéon

Mes doigts vivotent sur une machine à écrire.
Ils prennent vie, libérer de mon esprit.
Une mélodie emplit cette petite pièce,
D’abord lointaine comme un accordéon sur un Boulevard de Paris.
Une piètre apparence, le sourire jaune, le regard vilain.
Il n’offre sa musique qu’aux belles femmes,
Rousses, brunes, blondes
Que lui emporte la crinière
Tant qu’elles rugissent de ses manières.
Lubrique, vieux matelot sans port,
Éternellement sur la voile,
Lorgnant les sirènes,
Esprits de son imagination.
Il n’a pas d’argent,
A peine de quoi boire un petit blanc.
Sa vie ne ressemble pas,
Ne tremble pas,
Elle est
Et cela lui suffit.

Mes doigts s’arrêtent au bord d’une phrase
Et après ?
Et après ? chantonne la dame du samedi,
Celle qui glousse sur le parvis.
Elle ne perd jamais son temps
A brasser du vent.
Son haleine sent la rancœur,
La haine de son matin, la peur de son soir.
Lorsque embrumés,
Ses yeux ne percent rien à travers le brouillard.
Alors elle ravit, elle dérobe, elle s’accapare
Des autres leurs histoires.
Comment allez-vous madame,
Quelle belle cravate, monsieur !
Encore un peu de thé ?
Dans un nuage lacté !

Le temps passe,
Les rides se creusent,
Les yeux s’abaissent.
Essoufflée d’une course qu’elle a manquée.
Il est trop tard pour un nouveau départ.
La fin est là.
S’entonne déjà le générique,
Simple écran noir d’un personnage d’Audiard.

Alors qu’on a éteint le phare
Que la nuit a pris sa part.
Il arrive sur son frêle esquif,
Ses yeux ont parcouru le monde,
Vu mille douceurs,
Senti mille saveurs.
Lui aussi en a marre,
De l’air salé,
Des tempêtes enneigées.
Il sourit blanc alors que ses dents sont jaunes,
Son regard autrefois lascar
Brille pour l’apothéose de son art.
Ses doigts ne dansent plus, ils vivent
Rattrapent le temps perdu.
Pour que d’une mélodie
Se mêle deux vies.

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