« Ah ah ah ah »
Pourquoi ris-tu, enfant du pays ?
Pourquoi cours tu suivant les étoiles et la lune ?
Tu trébuches et tu tombes,
Te relèves et poursuis !
Qu’as-tu vu là-haut
Qui te fasse tant rêver,
À en oublier la terre ?
Mon p’tit gars,
Je te le dis !
Si tu veux vivre,
Il faut travailler :
Gratter, semer et ramasser
Ce que la terre produit !
T’auras toujours
La gueule vers le sol,
Les mains calleuses,
C’est pas parfait, c’est sûr…
Mais on prend l’air !
Alors gamin,
Je te le dis !
Baisse le nez de cette étoile,
Prends ta bêche
Et arrache les herbes folles
Qui étouffent le sol.
« Ah ah ah ah »
Pourquoi t’esclaffes-tu, jeune gars ?
Pourquoi manges-tu avec le sourire ?
On est là au milieu des tranchés
A bouffer du pourri et du moisi
Que même les rats ne veulent pas !
Mon p’tit pote,
Je te le dis !
Si tu veux survivre,
Il va falloir se calmer,
Faire comme tous les soldats
En espérant ne pas se faire toucher.
Ou si ! C’est encore mieux !
Prendre une balle
Et retrouver la maison,
Maman, papa et tous les petits morveux.
Non… Tu devrais pas rire
Le regard planté dans cette étoile…
Tu déprimes les autres,
Tu les dégoûtes d’avoir peur.
Alors mon gars,
Je te le dis !
Ravale ton sourire,
Prends ton fusil
Et attends la fin,
En espérant que ce sera la guerre
Qui finira avant toi.
« Ah ah ah ah »
Pourquoi marmonnes-tu, petit vieux ?
Pourquoi glousses-tu à la vue des étoiles ?
Tu t’étouffes quand tu bouffes ta soupe,
Tu perds sans cesse ton froc.
Tu sens la mort, grand père
Et je parle pas de ta chemise !
Mon p’tit père,
Je te le dis !
Si tu veux faire des vieux os,
Il faudra arrêter tes conneries !
A te balader comme ça,
On te retrouvera dans la montagne
La main sur le cœur,
Le cul sur un rocher,
Les yeux clos !
C’est la mort que tu cherches,
A te promener si haut !
Les vieux, ils s’assoient,
Ils prennent leurs temps.
‘Fin moi, je m’en fous !
Je dis ça pour toi !
Ça me ferait juste chier,
De te retrouver
A moitié bouffer par les loups.
Alors grand père,
Je te le dis :
Garde ton énergie,
Il t’en faudra
Pour convaincre le type là-haut
Que t’as pas gâché ta vie.
« Ah ah ah ah
Allez les gars !
Je vous sers la main.
Vous voyez là-haut ce qui brille ?
C’est une étoile !
Une force immense,
Une boule d’énergie.
Rien ne peut la stopper.
Elle tourne sans cesse,
Danse sans s’arrêter, encore et toujours,
Et de sa joie naît la lumière !
Un jour, alors que j’étais tout petit
Que je pleurais, après une connerie,
Elle s’est tournée vers moi
Elle a ri, j’ai souris.
Et ensuite, elle m’a dit :
« C’est pas mieux comme ça ?
Ah ah ah ah »
Et depuis, je me dis
Qu’elle est moi
Et c’est pour la vie !»