Guess who’s back

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Connasse, je t’avais noyé,
Poussé au milieu de l’étang.
J’étais sûr, j’avais pris mon temps
Pour ne pas te voir remonter.
J’avais attendu, nez sur l’eau,
Que les fonds forment ton tombeau,
Que la vase soit ton linceul,
Que je sois finalement seul.
J’aurais dû te sceller les pieds,
Les fondre dans un bloc d’acier.
J’aurais dû te trancher le cou,
Percer ton coeur avec un clou.

Pourquoi as-tu ressuscité ?
Pourquoi vers moi, ton meurtrier ?
Ne t’ai-je pas assez donné ?
Que veux-tu maintenant voler ?

Regarde bien autour de moi,
Vois-tu le vide qui m’enserre ?
Prends ce que tu veux, c’est à toi,
Sans manière, je m’en libère.
Rien n’a changé, tout comme avant,
Rien de nouveau à s’emparer,
Rien de plus que la tour d’argent
Où tu m’avais emprisonné.

De là haut, je voyais ma vie
S’écouler, mon front se rider.
Je survivais avec ennui,
Je passais mon temps à rêver
Aux choix que tu m’avais ôté.
J’étais un pantin dans tes mains,
Un esclave au dos courbé.
Le soir, je ne pensais qu’au matin
À ce qu’il pouvait m’apporter.
À l’aube, j’avais oublié
Tout ce que j’avais à gagner
Et laissais s’enfuir la journée.

Puis vint le temps où je compris
Que si je continuais ainsi
Je n’aurais bientôt plus de vie,
Rien que des regrets pour la nuit.
Le choix était clair : toi ou moi,
La lâcheté et l’horreur
Face à la raison et au coeur.
Un seul combat, un vainqueur : moi.

Pourquoi as-tu ressuscité ?
Pourquoi vers moi, ton meurtrier ?
Ton but est-il de te venger ?
Devrais-je encore te tuer ?

En fait, qu’importe ton retour,
Ce que tu veux secrètement,
Je ne revivrais pas les vieux jours,
Ce ne sera plus comme avant.
J’agis, je commets des erreurs,
J’avance, je chute souvent,
J’affronte même avec horreur
Tout ceux qui dévorent mon temps.

Alors c’est sûr, j’ai moins d’amis,
On ne comprend pas qui je suis.
Je fais l’objet de rêveries,
Je ressemble à ce que l’on dit,
On dit que je suis compétent,
On dit qu’il est intelligent,
On dit que je suis casanier,
Même que je suis aliéné.
On dit que j’ai de bonnes idées
Mais rien pour les réaliser,
Que mon talent est abstrait,
Que le reste est sans intérêt.

Tu vois, je me suis confronté,
Fais face à la réalité.
Je ne suis pas mort lapidé,
Personne ne m’a crucifié.
J’ai soif à inventer, à créer,
À modeler avec mes mains,
Bien sûr que parfois c’est raté
Mais je ferais bien mieux demain.

Si tu es ma pierre à rouler
Que je suis Sisyphe pour toi
Je referais le même choix
Et cela pour l’éternité.
Je t’affronterais toi, ma peur,
Au sein de ma mort dans l’étang,
Juste armé de mon air rieur
Car maintenant, je suis vivant.

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