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C’était une nuit sans nuage.
Il faisait chaud et j’étais allongé dans l’herbe.
Mon père était à côté de moi,
Un sourire sur les lèvres.
J’étais jeune
Et je me trouvais là
Pour être auprès de lui.
Je voulais lui ressembler,
Aimer ce qui le passionnait.
Nos yeux étaient tournés vers le ciel.
Les étoiles tapissaient un drapé sombre.
Il me donnait des noms en désignant des zones.
« Par-là », me dit-il
« Se trouve une planète comme la nôtre
Il y a peut-être des gens comme nous
Allongés dans l’herbe et regardant dans notre direction.
Ils se demandent quelle forme nous avons,
Quel langage nous parlons,
Sommes-nous gentils ou mauvais ?
Avons-nous une âme, pouvons-nous aimer ?
Ils essayent de nous identifier,
De nous comprendre. »
Ce fut à ce moment que je pris conscience des distances.
Ce n’était pas une toile avec quelques touches de peintures
Mais des choses énormes,
Tellement loin qu’elles paraissaient minuscules.
Je voulus alors compter le nombre de points lumineux,
Connaître notre place,
Mais je n’y parvins pas ;
Une goutte d’eau dans un nuage.
Ariane,
Mon amour,
Je te quitte.
Je m’éloigne
Et je te vois
Figée sur la piste,
Droite et fière.
Ta silhouette s’efface,
Tu deviens minuscule.
Et alors que l’ascenseur
Grimpe les étages.
Nos regards sont toujours mêlés,
Croisés, accrochés.
Nous ne pouvons nous séparer
Nous détacher.
Quelqu’un me tape sur l’épaule,
Mon regard va de côté
Et tu pars déjà…
« Pas encore, »
Ai-je envie de crier,
« Pas encore…
J’ai encore besoin de toi.
Ariane,
Reste !
Encore un peu… »
Décollage dans m – 30
Il est trop tard
Pour avoir des regrets.
Je suis le condamné face au billot.
Certains disent que c’est ma destiné
D’autres, que je suis le grand gagnant.
Cependant,
C’est maintenant que je comprends.
Je vis le rêve de mon père.
Je le sens près de moi, il me dit :
« Nous sommes assis sur un rocher.
Et regardons le ciel étoilé.
Il nous suffirait de nous lever,
De nous promener, flâner,
Pour découvrir d’autres beautés.
Il y a tellement de mystères à dévoiler,
D’histoires à raconter,
Que mille vies ne suffiraient pas
Pour tout embrasser.
Et malgré cela,
Je désire y aller,
Goûter à l’immensité,
Ne jamais être rassasié,
Être guidé par ma curiosité
Et étendre ma terre
A cet univers. »
Ce n’est pas ma voie,
Mon chemin.
Je me suis égaré
J’ai suivi un sillon
Guidé par des pas familiers.
Je me suis trompé de direction.
5
La peur me tord le ventre
Des milliers de petits hommes
Se font la guerre dans mon estomac.
Je ne veux pas y aller.
Je ne veux pas partir,
Ariane,
Je ne veux pas te quitter.
Je ferme les yeux
Essaye de me concentrer.
Ce n’est que de la peur,
Un sentiment,
Une fausse alarme.
Je dois me calmer…
4
Je me souviens,
Ariane,
De tous ces matins
Où un rayon de lumière
Traçait sur ta joue
Une route de diamants.
Je vois un mirage,
Ton visage face au mien.
J’aimerais glisser mes doigts
Sur ta peau.
Sentir la chaleur.
Prendre encore conscience
Que tu existes
Et que j’existe.
Tu n’es pas le fantôme d’un rêve
Ni la matérialisation de mes espoirs.
Tu te meus au-delà de ma pensé,
De mon imagination.
Tu vis sans moi.
Ton cœur bat sans moi.
Tu es unique,
Indépendante
Et pourtant,
Nous avons liées nos vies.
3
Je me souviens de ces soirs
Où nous étions assis l’un contre l’autre
Au bord de la rivière.
C’était notre coin à nous.
Nous en connaissions
Tous les détails :
Le bruit du clapot
Les collines à l’horizon,
La fraîcheur de la nuit
Et la danse des lucioles ;
Elles tournaient autour de nous,
Nous donnaient l’illusion
D’être perdus dans les astres.
Nous étions tous les deux,
Nous voyagions
Et nous nous aimions.
2
Je me souviens maintenant de l’annonce,
Lorsque mon nom fut prononcé.
Je me rappelle de ton visage
De la fissure dans ton regard,
Du gouffre qui se creusa,
Emportant avec lui
Tout ce que tu m’avais confié :
Ton âme, ton cœur.
Nous savions que c’était possible,
Que cela pouvait arriver.
Mais ce soir là,
Nous prîmes conscience
Qu’un monde existait
Et que nous y vivions.
J’ai vu tes larmes couler
Dans l’océan des accolades
Et des félicitations.
Je n’avais d’yeux que pour toi,
Je ne voyais que toi,
Debout au milieu de la course,
Du mouvement abstrait,
De l’agitation de la foule.
Tu étais la seule, claire, distincte
Ariane,
Mon amour,
Ma tendresse,
Mon âme.
1
Ariane,
J’ai peur.
Peur de souffrir,
Peur de mourir,
Peur du néant.
J’ai peur
De ne plus jamais te revoir,
De ne plus savoir que tu as existé,
D’oublier ce que j’ai été
Ce que je suis
Ou serais.
J’ai peur de ne plus être,
De ne plus penser,
De ne plus entendre,
De ne plus sentir,
De ne plus voir,
De ne plus toucher,
De ne plus goûter,
De ne plus aimer.
Allumage
Plaqué à mon siège,
Je suis écrasé,
Déchiré, liquéfié.
Je vais mourir compressé.
Je vois les bords se rapprocher,
La couvercle de mon cercueil se fermer.
Je suis densifié.
Je vais imploser,
Toutes les parcelles de mon corps crient danger.
J’ai peur,
Terriblement,
Atrocement,
Je dois me calmer,
Analyser,
Réfléchir.
Papa,
J’ai peur.
Du noir ?
Oui
Ce n’est qu’une illusion.
La nuit comme le jour,
Les mêmes choses sont à la même place
Rien ne bouge, rien ne s’en va, rien ne se perd
Tu as peut-être peur des choses cachées
De ce qui pourrait exister en dehors de ta pensée ;
Toutefois mon fils, tout vit sans toi
Mais plus rien n’existe quand tu n’es plus là…
Je suis en orbite,
En apesanteur.
Mon corps est léger,
Libérer de son poids.
Etrangement,
Je me souviens
De cette impression :
Flotter dans un cocon.
Je me sens étranger,
Loin de chez moi.
Les mains près du hublot,
J’ai le visage tout entier
Tourné vers la sphère,
Ma terre.
Racontez moi ce rêve.
J’avance dans la nuit
Sur une piste de goudron.
Les yeux rivés sur le sol
Suivant des traits blancs.
Je ne sais pas depuis combien de temps je déambule,
Ni pour combien de temps je dois encore voyager.
Je sais juste que je dois marcher.
Je suis pieds nus et le sol est chaud.
Je ne me sens pas fatigué.
Je n’ai aucune curiosité.
Je me sens bien
Et cela me convient.
Et ensuite ?
La suite, je crois que vous la connaissez :
Je me réveille avec une terrible envie d’y retourner.
Contact dans H – 3
Vous avez été choisi
Parmi des milliards.
Vous êtes notre représentant,
Notre symbole.
Vous serez notre voix,
Nos arguments,
Notre histoire.
Nous ne savons pas ce que vous verrez,
Ce que vous entendrez
Ou comprendrez.
Nous ne savons pas ce que vous devrez faire,
Ce qu’il y a de mieux
Ou de pire.
Nous ne savons rien.
C’est à vous de faire les choix.
Alors quoi que vous fassiez,
Soyez vous même.
Le premier contact.
Qui sont-ils ?
Que veulent-ils ?
J’ai de nouveau peur.
Aide-moi Ariane,
Aide-moi…
Mon esprit a déjà tout vaincu
Mais mon cœur ne cesse de s’agiter,
Aide le à se calmer.
Dis-lui de ne pas s’inquiéter,
Dis-lui qu’il pourra te revoir
Et nos corps s’enlacer.
Mon amour,
J’ai peur.
Pas de te perdre.
S’il le faut,
Je m’y résignerais.
J’ai peur pour toi
De te voir partir
Dans la peur.
Contact dans H – 2
Que voyez-vous ?
C’est gigantesque, un… un…
Un énorme complexe, une ville close.
Ce n’est pas un bloc homogène,
Ce n’est pas primaire.
C’est un agglomérat de choses minimes,
Un monde en déplacement,
Un vaisseau-planète dans l’obscurité.
Nous ne sommes pas grand-chose face à cela.
Une goutte…
Contact dans H – 1
Nous vous recevons de plus en plus mal
Nous allons bientôt être coupés.
Avez-vous un dernier message ?
Est-ce que vous m’entendez ?
Avez-vous un dernier message ?
Contact dans m – 5
Je ne suis rien,
Un éphémère.
Perdu dans la masse.
Oublié dans le temps.
Personne ne se souviendra de moi.
De ce que j’ai fait.
J’ai peur de mourir
De ne plus être
De me dire que tout ça
N’a servi à rien…
Ariane,
Ramène-moi vers toi.
Prends-moi encore une fois
Dans tes bras.
Dis-moi que le temps
N’est qu’un chemin.
Et que s’il y a une fin
Tu seras là pour me tenir la main.